17/05/2014

les tatouages c'est bien mais le talent c'est mieux

Dans notre société qui considère que le fait d'évoquer même du bout des lèvres la question de l'identité relève du complot anti-démocratique, les sociologues regardent la multiplication des tatouages chez les jeunes gens comme une affaire bénigne et l'affirmation légitime d'une personnalité intéressante ; or tout tend à prouver que c'est exactement le contraire comme en ont témoigné les candidats au concours The Voice , dont les plus talentueux sont arrivés et repartis vêtus d'une chemise bleue ou d'une robe noire , tandis que les plus artificiels se maintenaient jusqu'aux derniers éliminatoires accoutrés, peinturlurés, infibulés de manière invraisemblable.

Depuis dix ans les émissions de télé-réalité, par le biais de leurs directeurs de casting qui portent une lourde responsabilité dans l'expansion de ce phénomène, nous infligent toute une population de jeunes gens couverts d'arabesques jusqu'aux oreilles qui sont censés représenter leur génération mais qui n'en représentent (il est bon de le rappeler) même pas le dixième. Le recours dérisoire à ces méthodes pour se distinguer de ses semblables révèle l'amoindrissement de tous les autres vecteurs d'identité que sont le talent véritable, la culture, la sagesse, la profondeur. La plupart du temps, il vient se substituer à tout cela. On peut dire sans exagérer que le tatouage, quand il envahit le corps entier comme on le voit désormais souvent , est connoté si négativement qu'il accentue le rejet d'une partie de la société, celle qui compte, hélas! le plus grand nombre d' employeurs. Or c'est probablement son objet. On peut se demander en effet si,en dehors du désir d'emprunter une identité que ni le vêtement, ni le maquillage, ni surtout le savoir et la culture ne sont parvenus à vous donner, le tatouage n'est pas, comme le piercing, un moyen de dégrader préventivement son image sociale sur le thème: «de toute façon vous n'avez aucune estime pour moi, donc j'abîme mon corps exprès pour vous punir de votre indifférence- et accessoirement pour échapper à un destin de cadre commercial».

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Chez ces chanteurs enluminés comme le frontispice d'un album de Jules Verne, la règle est la reprise des standards américains et la servilité à l'égard d'un monde auquel on s'identifie avant d'avoir fait ses preuves, alors que chez les jeunes chanteurs dotés d'un vrai caractère c'est la sobriété qui prévaut. Le tatouage et le piercing, chez ceux qui se font appeler artistes à dix-neuf ans, sont en outre le produit d'une illusion quant à leurs aînés. Les vedettes en pleine apogée se couvrent de bijoux et d'arabesques mais c'est dans la maturité, parce qu'il faut changer d'aspect si l'on ne veut pas cesser d'inspirer la curiosité du public. La prime jeunesse, quand elle se tatoue jusqu'aux oreilles pour attirer l'attention avant d'avoir enregistré son premier disque entend plutôt refermer derrière elle les portes de la normalité sans savoir si les autres s'ouvriront à deux battants . C'est un mauvais calcul et il donne de mauvais résultats. On va nous dire que «c'est mal de juger quelqu'un sur son apparence» mais qui place la plupart de ses jetons sur le tapis de l'apparence, sinon les intéressés? S'ils ne s'attendaient pas à être jugés là-dessus, ils ne dépenseraient pas des milliers d'euros à faire graver leurs avant-bras comme des poignées de placard. Nous sommes donc devant un phénomène qui devrait inspirer la pitié puisqu'il peut être entendu comme un appel au secours - au même titre que les tags . On se demande souvent ce qui peut bien pousser un adolescent à grimper sur le toit d'un train pour aller déposer son petit logo hérissé comme un chat mouillé au milieu des caténaires. Les sociologues nous expliquent qu'il s'agit d'occuper le terrain. Eh bien, le tatouage et le piercing c'est pareil, ils forcent l'attention, ils occupent le territoire visuel mais on ne squatte pas la faveur d'autrui: on la conquiert.

On la mérite.

http://www.lefigaro.fr/vox/culture/2014/05/10/31006-20140...

10:00 Écrit par Le Photoneur dans Coup de gueule, Divers | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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