10/02/2016

Le virus du fascisme 2.0" (traduction FR ci-dessous) - Marc Van Ranst dans De Morgen

 

"À partir de quel moment peut-...on se mettre à comparer la situation en Europe en 2016 à une version 21e siècle de fascisme en éclosion? Cette question est importante, car d’aucuns disent qu’on ne peut pas (encore) se permettre une telle comparaison. Mais pourquoi ne pourrait-on pas se permettre de mettre en garde contre une évolution potentiellement dangereuse qui se déroule sous nos yeux, et ce même pas au ralenti ?

Quand un gouvernement, les politiciens ou leaders autoritaires diabolisent et déshumanisent un groupe de personnes (dans le cas présent, les réfugiés originaires du Moyen-Orient) et quand, sciemment ou pas, on monte systématiquement la population locale contre la religion de ces personnes, c’est une forme de nationalisme ethnique du type « eigen volk eerst », une facette importante tant du fascisme que du nazisme.

Quand une obsession portant sur des menaces, réelles et prétendues, conduit à une perte de droits individuels et collectifs et à la militarisation de la police et des affaires policières, nous ne devrions pas nous habituer aux uniformes kaki équipés d’armes et gonflés à la testostérone qui déambulent dans nos rues.

Quand certains partis politiques veulent diviser une société en catégories de “productifs” et de “profiteurs”, et qu’il devient très clair que les “utiles” disposent de plus de privilèges que les “inutilisés" et que de surcroît les droits démocratiques tels que la grève et les manifestations sont menacés, nous devons veiller très assidûment à nos acquis sociaux historiques.

Quand il apparaît qu’en Allemagne, une partie importante de la population est favorable à l’idée, portée par la cheffe d’un parti d’extrême droite, de tirer à balles sur les réfugiés qui passent la frontière, il s’agit d’un fait grave et terriblement préoccupant.

Quand la police des frontières danoises (et suisses) fouille des réfugiés de guerre et confisque leurs biens, et que cela ne suscite que très peu voire pas d’opposition au niveau de l’Europe, ces pratique moralement exécrables devraient nous amener à repenser aux pratiques nazies que nous dénonçons universellement et pour de très bonnes raisons depuis des décennies.

Quand chez nous comme dans d’autres pays européens la Convention de Genève est ouvertement et à répétition remise en question, et que certains politiciens parlent de façon laconique des droits de l’Homme qui garantissent une vie digne à tout être humain, tout un chacun devrait se faire de sérieux soucis.

Il est étonnant que les individus appartenant à la droite la plus extrême (par exemple ceux de l’aile flamande de la milice PEGIDA radicalisée) se débattent comme des fous quand on les confronte au terme « fascisme». Quelque part, ils ont encore une conscience latente de la nature dangereuse du fascisme, et ils préfèrent ne pas y être associés, mais cela ne les empêche pas de répandre leur poison raciste tout en agitant leurs étendards à la vue de tous.

Certains partis politiques jouent un sale rôle là-dedans, soit en encourageant ouvertement ce type de discours et de comportement (Vlaams Belang), soit en le tolérant, en faisant preuve d’une certaine forme de sympathie et en donnant une petite tape amicale à l’extrême droite de temps à autre (N-VA), ou encore en le niant (Open Vld) ou en disant tout et son contraire en même temps à ce sujet (CD&V, sp.a). Tous partent en réalité à la pêche de la voix de l’électeur de droite. Les principes sont alors un luxe que ces retourne-veste ne peuvent plus se permettre lorsqu’ils font face au vent venant de la droite raciste. Les éminences grises de ces partis jadis démocratiques (Willy Claes (sp.a), et Herman Van Rompuy (CD&V) sont les derniers à tenir aux reliques de leurs principes. Les seuls partis politiques qui s’opposent encore à cette évolution sont le PVDA+ et Groen, mais ils pourraient crier un peu plus fort.

Soyons clairs: nous sommes menacés de glisser vers une Europe aux attitudes néofascistes, malgré les cris affirmant que c’est faux, que ceux qui mettent en garde contre cette évolution sont des gauchistes naïfs et des traîtres de l’identité nationale qui n’ont pas été attentifs pendant les cours d’histoire et qui feraient mieux de se mêler de leurs propres affaires, que tout ça est tout de même très exagéré, et qu’en fin de compte, c’est de toute façon la faute aux socialistes.

N’en arrivons pas à dire d’ici quelques années que nous ne le savions pas. Nous le savons très bien. Nous devons, en tant que société, garder un œil très attentif sur le virus du fascisme 2.0, et le réduire à néant dès l’apparition des premiers symptômes de l’épidémie."

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Les réfugiés à la fin des années 30…Ou aujourd’hui?

Combien de larmes ont coulé aux stations frontalières! Combien de cris ont été poussés par des enfants, des hommes, des femmes! Un concert de hurlements, une symphonie de la souffrance! Certains se jetaient du train : plutôt être broyés que de revenir au pays! Les douaniers montraient de la compréhension pour ces actes désespérés qui contribuaient pourtant à perturber le trafic… »Mais que reste-t-il à ces pauvres gens? » se disaient-ils avec douceur- dans la mesure, bien entendu, où le règlement les autorisait à parler sans brutalité.

D’autres avaient plus de chance et parvenaient à recouvrer la liberté car des gens aimables leur venaient en aide. un certain nombre d’entre eux purent, par exemple, faire halte à Zurich, quelques semaines, quelques mois au maximum. Mais c’était suffisant pour mettre de l’ordre dans ce qui était le plus urgent : l’obtention d’un visa et l’achat d’un billet de bateau pour traverser la mer. Car à quoi bon s’entêter à vouloir rester en Europe?

Pour ceux qui avaient choisi Vienne, cette ville avait signifié l’Europe et, à la rigueur, il restait encore Salzbourg et Paris. mais désormais ils allaient la mine défaite, disant : -l’Europe n’existe plus…

Klaus Mann, Titre Le Volcan, sous titre : Un roman de l’émigration allemande 1933-1939.
Publié en 1939 (Republié en 1993, Les cahiers rouges, Grasset) 

18:40 Écrit par Le Photoneur dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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