06/05/2016

La Belgique s’effondre sous les yeux incrédules de sa population

 

Jean Quatremer: "La Belgique s’effondre sous les yeux incrédules de sa population"

Rédaction en ligne Publié le - Mis à jour le

Jean Quatremer, le correspondant du quotidien Libération dans la capitale belge, a dressé un portrait peu flatteur de notre pays suite aux attentats de Bruxelles. 
 
Dans un papier intitulé "La Belgique près de défaillir?", il évoque un pays qui "s'effondre sous les yeux de sa population".  Pour lui, les attaques meurtrières de l'aéroport de Zaventem et de Maelbeek ont révélé la "déliquescence de l'Etat, miné par les luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone". Un Etat qui a laissé se développer, à Bruxelles, "mais aussi à Anvers ou à Vilvoorde, en Flandre, des nids de radicalisme islamiste, soit pour acheter une illusoire paix communautaire, soit par clientélisme et calcul politiques".

Quatremer passe alors en revue toutes les décisions prises par les autorités belges depuis les attentats de Paris, le 13 novembre dernier. Il commence par évoquer le fameux "lockdown" de fin novembre (où les métros avaient été mis à l'arrêt, les commerces et centres culturels fermés, les habitants invités à rester chez eux...). Pour lui, la mesure "a mis en évidence la déraison d'Etat belge" et "a coûté 0,1 % de son PIB au royaume".

Le journaliste français revient ensuite sur l'arrestation de Salah Abdeslam, "arrêté vivant à 500m de son domicile familial après 4 mois de traque" et dont "la planque était connue depuis longtemps par le chef de la police de Malines". Suite à cela, "la gabegie s’est amplifiée" et Quatremer cite en exemple des décisions "sidérantes" qui ont nui à l'économie du pays. "Un mois après les attentats, sans que l’on sache exactement pourquoi, l’aéroport de Bruxelles, poumon du pays, n’est que partiellement opérationnel, alors que seul le hall d’accueil a été touché, les autorités conseillant même de venir la veille de son vol pour s’enregistrer. [...] Le métro est resté très perturbé jusqu’à lundi par 'mesure de sécurité', ce qui a poussé les gens à s’agglutiner pour entrer ou à s’entasser dans les tramways et les bus, qui sont pourtant autant de cibles potentielles."

Sans parler "des policiers de l’aéroport qui ont réussi à se mettre en grève une semaine après les attentats, suivis par les transporteurs routiers puis les contrôleurs aériens…"

 

Démission de la "très incompétente ministre des Transports, Jacqueline Galant"

 

Jean Quatremer n'hésite pas à lâcher des noms dans son réquisitoire. Il évoque ainsi la démission de "la très incompétente ministre des Transports, Jacqueline Galant", qui a omis de prendre en considération des avertissements de la Commission européenne quant à la sécurité à Brussels Airport.

Il est aussi question de Jan Jambon, qui, selon Quatremer, "a rappelé au monde entier qu’il avait des racines d’extrême droite mal digérées". Les propos polémiques du ministre de l'Intérieur N-VA (sur - dixit - des Juifs "cachés" et sur une grande majorité de musulmans qui auraient dansé après les attentats) "mettent à mal les tentatives de renouer les liens entre les communautés". Et le journaliste de Libération d'ajouter: "Jamais le fossé n’est apparu aussi grand entre le nord et le sud du pays, entre les communautés confessionnelles, entre les Belges de 'souche' et ceux issus de l’immigration".

 

"Les terroristes peuvent se frotter les mains"

 

Après avoir encore cité en exemple l'état des tunnels bruxellois et les problèmes liés aux centrales nucléaires (Quatremer évoque un "Tchernobyl-sur-Meuse" et ironise par rapport aux pilules d'iode, "la seule réponse de l''Etat' belge"), le journaliste conclut: "Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et de détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité". 

Jean Quatremer termine son portrait en pointant du doigt le rôle joué par la N-VA. "Contre toute évidence, ses responsables affirment que les attentats ont prouvé la faillite de l’Etat central et qu’il faut donc accélérer son évaporation. Les terroristes de tout poil peuvent se frotter les mains : quoi de mieux qu’une absence d’Etat pour prospérer ?"

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Déni et Quatremer: ci-gît la Belgique, et une partie de sa presse.

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Terrorisme, police fédérale sans moyens, sûreté cloisonnée, prisons invivables ouvertes à la radicalisation, files infernales à l’aéroport qui vient de rouvrir, guerres politiques… la Belgique est à bout de souffle. Jean Quatremer a fini par l’écrire dans un papier dûment argumenté sur la Belgique en déliquescence. Fait après fait, il dresse le portrait d’une société au bord de la faillite, dont les élus se sont avérés incapables de se réunir après les attentats les plus sanglants que notre pays ait connus depuis la Deuxième Guerre mondiale. Il rejoint ainsi Dave Sinardet dans La Libre pour qui « les élus n’ont pas été à la hauteur ».

Quatremer relève aussi le déni qui mine ce pays et ne pourra qu’amplifier sa déliquescence, voulue, selon lui, par les nationalistes flamands. Alors que ce diagnostic de défaillance est le prélude à la recherche de remèdes à notre longue maladie communautariste, à notre goût pour la médiocrité, les réactions d’une partie de la presse francophone lui donnent raison : si on est bien dans le déni politique, celui-ci est en sus partagé par une partie du monde journalistique.

Quatremer tranche dans Le Vif

Ainsi, Le Vif a illico écrit que Quatremer « (re)crachait » sur la Belgique dans ce que l’hebdo qualifie d’« opinion assassine au vitriol ». Eyes wide shut ! À l’opposé, La Libre s’est contentée de « raconter » l’article du correspondant de Libé, sans prendre parti, avant de publier l’excellent papier de Dave Sinardet. Mais en ne sautant pas le pas de la « déliquescence » ou du Failed Country. Seul journal à partir du constat de « 4Mer » pour alimenter sa propre réflexion, L’Avenir. Thierry Dupiéreux y consacrait son édito de samedi en se demandant : « L’état est-il soluble dans le chaos » ? Il s’appuyait sur le papier de Quatremer pour relever l’inquiétante incapacité de nos démocraties à « se réinventer » : « C’est comme si le chaos dans lequel on était plongé se transformait en une fatalité que les responsables politiques ne parviennent plus à gérer de façon responsable. Le plus inquiétant, là-dedans, c’est que le vacarme produit par ce désordre général empêche des réflexions intelligentes et sereines. »

En revanche, le déni est total dans Le Soir qui n’a pas pipé mot du papier. Cachez cette critique trop complète que je ne saurais voir ? Je note que l’éditorialiste en chef Béatrice Delvaux ne peut déjà plus voir Christine Amanpour (CNN) en peinture, cette dernière ayant osé poser des questions à notre premier ministre Charles Michel, rendez-vous compte ! Je reviens ici sur cette interview hallucinante.

Mais comme si Le Vif allait à contre-courant d’une partie importante de l’opinion, le papier de Quatremer n’a pas eu un effet si négatif sur ses lecteurs. En fait, beaucoup acquiescent. Enfin quelqu’un qui le dit ! rugissent-ils. Certains d’entre eux se rappellent la Belgique d’antan, « ce pays de cocagne » qui aurait disparu. Mais oui, il a disparu ! Je me souviens de grands-parents fiers comme Artaban de la qualité belge, de sa réputation mondiale (sûrement un peu surestimée), de sa grandeur industrielle (déjà en déclin). Aujourd’hui, on n’est plus que moroses, pessimistes, on regarde notre image se déliter jusqu’à l’autre bout du monde et on crie à l’injustice.

Du pays de Cocagne au pays qu’on cogne.

Aujourd’hui, l’emploi recule encore (le taux de chômage en baisse cache un taux d’emploi tout aussi baissier), l’exclusion fait des ravages — en Flandre aussi —, nos routes et autoroutes font peur à voir, notre système politique est devenu si complexe que certains ministres ne savent plus exactement où commencent et où s’arrêtent leurs prérogatives. Et que dire des informations vitales qui ne circulent plus au sein d’une police pourtant unifiée et prouvent que réforme de l’État après réforme de l’État, nous n’avons fait que rendre ce pays ingérable ? Le résultat est là : les institutions sont maladivement explosées. Le citoyen ne sait même plus qui le dirige !

Cela permet aux stars du parti séparatiste qui, désormais, préside à notre destinée grâce à Charles Michel, de « démontrer » ce qu’ils considèrent comme « l’ineptie » belge. Et ils avancent leurs pions. Comme la ministre N-VA Elke Sleurs, ils ne se gênent plus pour saper des symboles majeurs de notre culture commune. Bruxelles a ainsi le triste privilège d’avoir des musées prestigieux dans lesquels on doit mettre des seaux pour récolter l’eau de pluie qui… tombe du toit, faute d’un financement fédéral décent ! On se comparerait bien à la Moldavie ou à la Roumanie, mais je doute que ces pays, parmi les plus pauvres d’Europe, osent offrir à leurs visiteurs internationaux un visage aussi ravagé.

Les voleurs de valeurs.

La Belgique décroche aussi sur le plan des valeurs politiques, désormais réduites au minuscule commun dénominateur imposé par la N-VA qui reste un parti populiste, nationaliste et identitaire qui, régulièrement, cogne du Bruxellois, du Wallon, du socialiste, du Francophone, du musulman ou du Berbère, célèbre du chant flamand avec des fascistes purs et durs, défend la collaboration (« les collaborateurs avaient leurs raisons »), pour ensuite reculer d’un pas en jurant ses grands dieux qu’elle elle très démocratique, sous les acclamations de journalistes béat-e-s.

Ces dernièr-e-s relèvent ainsi chaque semaine le niveau de l’acceptable en politique d’un cran au point qu’aujourd’hui, comparer des terroristes aux Juifs qui se cachaient des nazis pendant la guerre est devenu une image banale, un peu maladroite, voilà tout ! De même, accuser une partie « significative » d’une communauté qu’on rassure ensuite, la main sur le cœur, après que le mal fut définitivement fait, vaut au final à son auteur les félicitations du jury ! Bravo l’Artiste, ai-je lu dans Le Soir.

Après que la Flandre a laissé le Vlaams Belang tirer ses valeurs vers le tout nationaliste et la xénophobie décomplexée — à la police d’Anvers, des mots comme singe brun ou nègre sont devenus des qualificatifs normaux —, c’est donc aussi la Belgique francophone qui laisse glisser ses valeurs vers celles, nationalistes, communautaristes, néoconservatrices et quelquefois xénophobes, de la N-VA. Et cela, après des décennies de cordon médiatique francophone qui excluait le moindre politicien qui aurait fréquenté un cousin d’une copine de la tante d’un membre du Front de la Jeunesse trente ans auparavant.

Charles Michel a tempéré systématiquement, et qui ne dit mot consent. Et de fait, au fil des mois, on a fini par tolérer les statuts Facebook racistes, des twits infamants, les relations avec l’extrême droite, les enthousiasmes pour la collaboration, les déclarations francophobes et xénophobes, et le premier citoyen du pays peut tranquillement chanter la fin de la Belgique avec des centaines de fascistes pur jus, c’est désormais la normalité en Belgique. Quand un vieux membre du parti le plus puissant de la coalition au pouvoir a refusé de se distancier du patron nazi antisémite de la collaboration flamingante, aucun journal francophone n’en a parlé au nom de la préservation de l’État. Mais dans quel état !

Jamais notre gouvernement fédéral n’avait toléré en son sein des idéologies pareilles, même pas avant-guerre ! Fut-ce avec cette couche de démocratie étrange qui recouvre la N-VA. Jamais, en Europe, un gouvernement national n’a toléré qu’un parti au pouvoir continue, semaine après semaine, à semer le mépris des deux autres régions : aujourd’hui encore, la N-VA vient de lancer une grande opération de communication contre le Parlement wallon qui a eu l’infâme toupet de ne pas partager l’avis supérieur et obligatoire de « la Flandre » sur le traité Europe-Canada ! Ils n’ont pas hésité à écrire et propager que le Parlement wallon prend « la Flandre et l’Europe en otage » ! Rien que ça. Allô la presse ? Allô Béa ?

Les grands éditorialistes ayant lâché prise, les ministres nationalistes flamands peuvent désormais tout se permettre sans se soucier d’être trop critiqués au Sud parce que trop de commentateurs francophones ressentent encore le besoin de marcher à genoux jusqu’au Cannossa flamand pour expier les fautes passées de la Belgique latine oppressive à laquelle, par sentiment de culpabilité maladive, ou par soumission aux thèses flamingantes du sang et de la langue, ils ont accepté de s’identifier.

Déni, déni, embrasse-moi ce soir.

Voilà le tableau. Après, on a le choix. Refuser de prendre conscience de cette médiocrité qui hurle notre impuissance jusqu’à Zanzibar en passant par le New York Times, ou taper dans la ruche. C’est ce que fait Quatremer. Sur un ton parfois provocateur, polémique. Il énerve. Mais il dit des choses qu’on a pris l’habitude, en Belgique, de mettre sous le tapis avant de s’asseoir dessus pour que vraiment, ça ne se voie pas. Sauf qu’aujourd’hui, tout le monde a vu.

Nombreux sont les lecteurs lambda qui constatent alors que la liste, loin d’être exhaustive, des ratages énumérés par le polémiste est déjà si longue qu’il n’y a pas beaucoup d’autres conclusions à tirer que la sienne : oui, la Belgique est un État déliquescent !

La ghettoïsation de Molenbeek ou la gestion par Philippe Moureaux n’expliquent pas, à eux seuls, que la préparation des attentats de Paris se soit faite en Belgique. Ils n’expliquent pas qu’une seule et même équipe ait pu massacrer à Bruxelles plusieurs mois après avoir massacré à Paris — je ne me souviens pas d’un tel doublé ailleurs en Europe.

Réquiem pour un con.

Le 22 mars 2016, Mohammed Abrini, un homme recherché depuis plus de 120 jours par toutes les polices du continent, est entré tranquillement dans l’aéroport de Zaventem avec l’équivalent de 200 kilos de TNT dans une valise, et deux complices, n’est pas parvenu à allumer sa charge, est reparti tout aussi tranquillement à pied jusqu’au centre-ville (12 km), et a disparu dans la nature ! L’histoire résumée comme ça manque forcément de nuances, mais mettez-vous à la place d’un-e journaliste étrangèr-e : si le pays où ça se passe vous répond, énervé, que tout va bien et qu’il faut arrêter de lui poser des questions, vous concluez que ses dirigeants sont foldingues. Mais en Belgique, on est très doué pour expliquer fissa chaque erreur apparente. « Il faut savoir que… » Et si ça ne suffit pas, un vice-premier ministre accuse en plein parlement un officier de liaison belge en Turquie, et si ça ne suffit pas encore, il vous sort qu’une « partie substantielle des musulmans ont dansé après les attentats » !

S’ensuit un tollé bien commode qui permet de ne plus parler du financement et du management malingre de la sûreté ou de la police fédérale, deux services qui relèvent de ministres N-VA. On ne va quand même pas risquer de faire tomber un gouvernement qui a si brillamment rendu la Belgique ridicule aux yeux du monde entier ?

Non, on en parlera au sein d’une commission où on distribuera équitablement les responsabilités entre partis, ministères, administrations, régions et communautés, pour conclure — comme lors de la commission Tunnels — que puisque tout le monde a foiré, le foirage est dans l’ordre des choses, et on promet de faire mieux la prochaine fois. Voilà, voilà ! La Belgique, c’est l’école des Fans érigée en système de gestion.

Eyes wide shut.

Du coup, c’est toute notre usine à gaz, notre machine à échouer qui nous retombe lourdement sur les pieds. Et non seulement, il n’y a personne pour relever l’appareil, mais en plus, quand un journaliste étranger nous dit : faites gaffe, vous avez une machine sur les pieds, on lui hurle de regarder ailleurs, tout en criant à la presse espagnole, italienne, suisse, comme l’a fait Béatrice Delvaux, qu’on n’arrive plus à avancer et qu’on n’arrive pas à comprendre pourquoi.

Le constat de défaillance est lui-même défaillant, ça dit bien à quel point notre pays a failli.

Heureusement, on constate donc dans les commentaires sous les articles de journaux, ou en écoutant la rue, que pas mal de Belges trouvent que non, Quatremer n’a pas trempé sa plume dans l’acide, ce sont les faits qu’il a récoltés qui dégagent une invraisemblable acidité ! En face, il y a tout de même un paquet d’anti-quatremer chroniques. On les repère facilement, c’en est même presque comique : il suffit de faire une recherche sur « France ». Car ceux qui critiquent Quatremer le font presque systématiquement en lui rappelant qu’il… ferait bien de regarder ce qui se passe en France ! Pourtant, Jean Quatremer est correspondant de Libé en Belgique, et pas correspondant du Soir en France. C’est à se demander si les gens comprennent ce que ça signifie.

Mais comment en vouloir aux lecteurs belges trop sensibles ? Certaines de leurs plus grandes plumes journalistiques ne leur ânonnent-elles pas depuis des semaines, quand ce n’est pas des mois, qu’il y a un « Belgian-Bashing » en cours à l’étranger — oh ! oh ! ces journalistes anglais, américains, allemands, italiens, espagnols, marocains, turcs, russes, chinois, qui, tous, n’ont rien compris à la Belgique, et en font un résumé salace parce que nous, Belges, sommes leur victime expiatoire de la semaine ?

La Belgique du World-Bashing.

Et nous ? Nos journaux ne nous inondent-ils pas, jour après jour, de la dernière débilité de Donald Trump, faisant passer l’Amérique pour un pays d’idiots ? Les mêmes ne nous assassinent-ils pas au quotidien la Hollandie après nous avoir strontché la Sarkozie avec des raccourcis qui, seuls, leur évitent de faire aussi long que moi ? Les mêmes ne nous résument-ils pas la Russie à Poutine, l’Ukraine à Maïdan (restons discrets sur Praviy Sektor) ?

L’Espagne fut Podemos et rien d’autre avant de redevenir ingérable. La Grèce fut criminelle pour les uns, victime de Merkel pour les autres, etc. L’Allemagne fut horrible jusqu’à ces larmes d’une petite Palestinienne et le câlin de Merkel. Puis, elle fut génialissime jusqu’à cet accord ahurissant avec la Turquie. Aujourd’hui, elle assassine les libertés pour avoir laissé Erdogan poursuivre un journaliste en Allemagne. Quant à la Pologne, elle est facho. Et la Hongrie est une grosse saloperie ambulante. Voilà, en gros, un résumé de la perception que bien des journalistes belges projettent de l’étranger. Et ce n’est même pas une critique : le journalisme est toujours réducteur, c’est le format qui veut ça.

Mais il ne faut pas demander aux journalistes d’ailleurs d’être plus soft envers nous que nous ne le sommes envers leurs pays, sous prétexte que nous sommes très embêtés par une situation que nous ne maîtrisons plus et que nous n’acceptons même plus d’essayer de comprendre, encore moins de tenter de décrire honnêtement.

La crise impayable que nous payons cash.

Nous payons aujourd’hui quatre ans — dont 541 jours — de crise existentielle dont certains intellectuels, experts, juristes et journalistes avaient chanté la fin avec un entrain digne de la Libération. La N-VA fut, avec le CD&V, l’artisan-maître de ces dérives. Qu’on arrête donc de l’épargner en mettant la pédale douce sur nos critiques envers Charles Michel, c’est lui qui a décidé d’entrer dans ce gouvernement de dingos !

Qu’on arrête de se dire qu’on verra en 2019 ce qui se passera. Tout est en train de se préparer aujourd’hui. Qu’on arrête d’accepter que nos dirigeants nous expliquent que nos services fonctionnent normalement quand il est clair qu’ils ont dysfonctionné. Qu’ils nous expliquent plutôt où nous avons foiré, et comment nous ferons demain. Et pour commencer, qu’ils nous disent où ils vont trouver l’argent. Et qu’on exige qu’ils le trouvent. Qu’on arrête de tolérer que l’on rejette la faute sur l’autre. Du politique à l’administration. De l’administration au politique. De la Flandre à la Wallonie. Des Bruxellois aux Flamands. Du fédéral au communal. Du communal au régional. Du régional au fédéral. Et j’en oublie le superflu : les provinces !

Qu’on arrête d’accepter que nos politiciens se tirent dans les pattes pour une voix de plus ou de moins, par stratégie électorale, ou au contraire, qu’ils se félicitent après une commission « équilibrée » que, comme tout le monde a failli, les failles sont inévitables ! Le citoyen est exclu de ces débats, il n’y joue aucun rôle, il n’y gagne rien, il n’a aucune place à prendre dans ces délires qui ne concernent que les cénacles.

Un pays vous manque et tout est dépeuplé.

Aujourd’hui, le Belge peut toujours être fier de son pays accueillant, étonnant, doué, artisan, complexe, polyglotte, doux, progressiste, travailleur. Il ne faudrait pas grand-chose pour qu’il redevienne une marque de qualité. Mais le politique l’a trahi. Il a manqué à son obligation de bonne gestion. Il a manqué à son devoir de bonne réputation. Il a manqué à la raison. Et si le cinquième pouvoir ne le met pas au pied du mur aujourd’hui, la situation ne pourra qu’empirer, la distance entre le politique et l’électeur s’élargir, et les populismes, fleurir jusqu’à ce que notre pays ne soit plus qu’un trou noir incompétent, sale et aphone dans le concert des nations européennes.

Que le politique s’avance devant le citoyen, demande humblement pardon, et se mette au travail. C’est tout ce qu’on demande, et c’est tout ce qui nous est refusé. Ne nous faisons pas d’illusions : cela ne sauvera pas la Belgique. La déliquescence est peut-être trop avancée. Mais ça peut sauver les parties ou les patries qui en hériteront. Et déjà, c’est le minimum auquel ont droit ceux qui paient le système. Et ça, c’est le contribuable. On dit aussi « citoyen ».

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09:03 Écrit par Le Photoneur dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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