19/05/2016

La Belgique est un « failed state »

La Belgique est  un « failed state » (1)

Les boucs émissaires en disent plus sur ceux qui les désignent que sur eux-mêmes. Selon Bart De Wever, le PS « un parti qui a été 25 ans au pouvoir » (sic) serait coupable de tous les errements en matière de justice et de prisons. Ce faisant, le président de la N-VA montre les limites du PS-bashing(2), qui ne sert ici qu’à rejeter d’avance toute responsabilité de son parti et de ses alliés au gouvernement fédéral sur la situation actuelle.

13254915_137689129970081_1436301406794496525_o.jpgPourtant, Monsieur Bart De Wever, le PS n'a pas été 25 ans « au pouvoir ». Ce sont surtout vos partenaires qui ont eu les clés du pays, et des prisons. Revue chiffrée. Mais suivons la logique de la N-VA et supposons que le premier ministre donne réellement le ton. Dans ce cas, ce ne serait certes pas le PS qui aurait « dirigé » le pays depuis 50 ans, et pas plus depuis 25. Car de 1966 à aujourd’hui, il n’y a eu que 2 premiers ministres socialistes : Edmond Leburton (un an) et Elio Di Rupo. Si la présence récente, pendant 2 ans et demi, d’Elio Di Rupo à la tête du gouvernement belge peut donner l’impression que les socialistes ont eu beaucoup de pouvoir récemment, il dirigeait une coalition, ce qui, comme toujours en Belgique, signifie qu’il devait composer avec les autres partis. Il faut aussi noter qu’entre les deux socialistes, 35 ans se sont écoulés. À comparer à la famille catholique qui a tenu le premier ministère pendant 37 ans sur 50, soit 74 % de temps d’occupation. Même la famille libérale (le cœur du gouvernement actuel) a tenu le 16 rue de la Loi plus de deux fois plus longtemps que la socialiste, avec à ce jour 10 ans à la direction de l’État (20 %) ! Et si on veut vraiment jouer le jeu communautaire de la N-VA, on pourrait conclure que ce sont forcément les Flamands  qui auraient foutu ce pays en l’air, puisqu’ils ont fourni le premier ministre 42 années sur cinquante." Plus amusant : si l’on classe le CD&V à droite, Bart et ses amis  se prennent une gauf’ au suc’ en pleine poire, puisque là, on obtiendrait 46 années de premiers ministres de droite !

A en croire certains, les socialistes francophones disposeraient d’une baguette magique qui leur donnerait le pouvoir de tout saloper, même quand ils ne sont ni premier ministre, ni même dans la majorité ! Di Rupo est apparemment la réincarnation de Merlin l’Enchanteur exposant le génie de la lampe d’Aladin…

C’est d’autant plus magique lorsqu’il s’agit du ministère de la Justice. Depuis 20 ans, la Justice a principalement été dirigée par des ministres néerlandophones issus de la majorité actuelle, à l’exception des quatre ans et demi de Laurette Onkelinx. En tout cas, depuis 9 ans — soit un peu plus de deux législatures à l’ancienne (4 ans) —, le ministère est aux mains de néerlandophones, sans discontinuer. De 1996 à aujourd’hui, le CD&V a fourni Stefaan De Clerck (2 fois), Tony Van Parys, Jo Vandeurzen et Koen Geens. L’Open VLD nous a donné Marc Verwilghen et Annemie Turtelboom. Le PS, Laurette Onkelinx. Mais bien sûr, ses quatre ans et demi de gestion d’il y a neuf ans ont, à eux seuls, foutu tout le système en l’air à un point tel que depuis, les quatre personnalités de la Suédoise se seraient donc avérées incapables de « réparer » quatre ans de gestion socialiste. Quel formidable aveu d’échec des partis de la majorité actuelle !

Un observateur un tant soit peu sérieux constatera, qu’aux deux moments où la Belgique a été perçue à l’étranger comme un pays défaillant, proche de sa fin, ce n’était pas le PS (seul) qui était à la manœuvre, mais aussi (et surtout) la N-VA. Elle était en cartel avec le CD&V quand Leterme a provoqué une première crise en 2007. Elle était l’interlocutrice présentée comme obligatoire quand on a mis 541 jours à former un gouvernement (qui a pu se former quand on l’a enfin zappée à l’été 2011). Elle détient aujourd’hui les rênes de la sûreté, de la police, de la sécurité, tous départements sur la sellette depuis les attentats de Paris.

Mais admettons que Di Rupo soit le méchant Gargamel qui a tout provoqué et dirige le pays en secret. Si c’est ça, Bart De Wever a donc ouvertement reconnu que les partis flamands de la coalition (et le MR) sont une belle bande d’incapables qui ne savent pas utiliser le pouvoir quand ils l’ont et se font damer le pion par des Francophones socialistes pourtant connus pour leur paresse et leur incompétence. Je serais Bart, j’irais vite me cacher sur une île déserte. Car depuis que ses petits amis sont au pouvoir le pays est “sous le feu des critiques des médias internationaux”, et notamment des Etats-Unis qui en parle comme d’un “souci majeur”. Et pour cause : les centrales nucléaires belges, dont la durée de vie vient d’être prolongée de dix ans, sont vieillissantes, victimes de pannes, de microfissures et de sabotages, au point d’inquiéter les pays voisins. Les attentats de Bruxelles ont mis en lumière la gestion défaillante des filières djihadistes belges.

 

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(1)Failed state = État défaillant

(2)Bashing = dénigrement 

source : http://blog.marcelsel.com

 

 

 

 

 

09:42 Écrit par Le Photoneur dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |