25/09/2017

La tour “Fausse-Ruine” de LOUHAU

La tour “Fausse-Ruine” de LOUHAU

Les vestiges prestigieux ont exercé sur l’homme occidental, en particulier, une étrange fascination qui ne cessera qu’avec le Romantisme. Les Mazures sont nés au cœur de ce mouvement. La tourelle ruiniforme de Louhau se dresse sur l’éperon rocheux, dominant à l’ouest du château des Mazures et le tunnel du chemin de fer dit de Louhau. Sa forme est simple. Un escalier extérieur mène à un petit chemin de ronde et à une plate-forme intérieure. La seconde plate-forme est accessible par un escalier intérieur d’accès difficile. Cette plate-forme située au sommet de la tour est pourvue d’une hampe métallique où l’on hissait le drapeau des propriétaires successifs. Ces dernières années seul le drapeau belge apparaissait pour signaler la présence de la famille DAVIGNON au château. Chaque face de la tour est pourvue de trois meurtrières. Une niche d’une trentaine de centimètres de hauteur est percée dans la face ouest au-dessus de la porte d’accès à la première plate-forme. La base de la tour est percée d’une porte de forme ogivale donnant accès à une salle voûtée. Un problème de datation s’est directement posé, et la question est loin d’être facile qu’aucun relevé de cette tour n’apparaît sur le plan Popp. Ce plan n’est pas daté, mais étant donné que Pepinster a été reconnue commune indépendante en décembre 1848, il est probable que Popp n’a pu exécuter le plan avant cette date, à moins qu’il ait étudié le projet auparavant. Je verrai par la suite que la tour existait déjà en 1847. Pourquoi ne l’a-t-il pas indiquée ? D’autant que la matrice cadastrale donne les limites des Mazures et sa superficie. Le rocher sur lequel est juchée cette tour appartient au domaine. Probablement n’a-t-il pas trouvé intéressant de la relever ? C’est très étonnant. Une autre preuve nous est fournie par le témoignage suivant. Le Docteur BOVY, grand promeneur et observateur de la nature, est séduit par le site de LOUHAU lors de son passage à Pepinster. Dans son ouvrage daté de 1839, il décrit abondamment le domaine et baptise le rocher qui nous préoccupe, du nom de “Gibraltar”. Cette appellation fait penser au rocher stratégique du même nom, mais est surtout utilisé par pur esprit romantique. Il ne mentionne aucune tour. Si elle avait existé, il l’aurait certainement citée. Elle apparaît pour la première fois sur une lithographie de PONSART daté de 1843. “L’illustration, Journal Universel” montre le 27 juillet 1847 un dessin qui parle : “d’une ruine gothique, d’un style assez pauvre, et qui appartient au domaine des Mazures ...” Un ouvrage daté de 1845, parle “d’une espèce de donjon élevé récemment, imitant à merveille une construction du Moyen-Âge.” Donc, elle existe en 1843. Il faut attendre 1942 pour la trouver sur le plan parcellaire et mise au nom des DAVIGNON, avec la mention “ancienne”, comme année de construction. Aucune solution précise. Nous la situerons donc peu après 1840, en considérant que ce sont les de BIOLLEY qui l’on fait construire. Dans quelle intention ? A cette interrogation, plusieurs solutions ont été envisagées, certaines plus farfelues que les autres. La plus sérieuse parle d’un ingénieux système de sémaphores (télégraphe de Chappe), utilisé par les de BIOLLEY pour communiquer avec les autres propriétés de la famille. Je pense quant à moi qu’il s’agit tout simplement d’une tour en trompe l’oeil, construite au milieu du 19e siècle pour le plaisir des yeux, et parce que c’était la mode. On en trouve d’autres exemples en Belgique : à l’entrée de Rochefort, notamment, située sur une crête semblable à celle de Pepinster, il existe “une ruine” identique qui fut construite par des châtelains de la région, et qui sert uniquement d’accessoire décoratif. Ce genre de construction témoigne d’un goût pour le pittoresque, qui n’était pas un style en soi, mais une attitude qui se cultivait particulièrement par le goût du Moyen-Âge. Sources : “Le Louhau”, Alexis DOHOGNE. Gardiens de la mémoire CCJ, “La ferme des boues à Pepinster”. André ALEXANDRE, “Le Système défensif du fort de Tancrémont.” André Alexandre, “L’abri Vesdre à Louhau”. Articles de presse : Fêtes à la ferme du Pomelou. Francis BALTHASAR, “Le Château des Mazures”.

 

FLANERIE CAMPAGNARDE AU PAYS DE LIEGE:

VICTOR HUGO EMERVEILLE PAR LE SITE DES MAZURES Mai 1837:

Victor Hugo flâne dans la vallée de la Vesdre, en suivant les méandres de cette rivière qui prend sa source en Fagne. Il arrive à Pepinster où, sur la route de Liège, peu avant Goffontaine, le site des Mazures le séduit. Sa plume chantera cet émerveillement dans un poème intitulé «À un riche» et publié dans son ouvrage «Les rayons et les ombres»: Ton grand parc enchanté qui semble nous sourire (...) Ce splendide séjour sur ton coeur, sur ta vie... L'étang, lame d'argent, que le coucher fait d'or... Aujourd'hui, ce site, créé de toutes pièces par un industriel verviétois (influencé par le romantisme), a perdu quelque peu le pittoresque d'antan. Il garde, toutefois, malgré la présence du chemin de fer, un certain charme: magnifique château néo-gothique avec une tour-porche de style médiéval anglais. Surplombant la vallée de la Vesdre, une tour en ruine veille sur ce site déjà habité à l'époque préhistorique, il y a 7.000 ans... C'est dans ce cadre verdoyant, boisé et enchanteur, qu'est érigée la ferme du Louheau à Pepinster. Edifiée au milieu du XVIIe siècle, cette ferme était le manoir du baron de Woelmont, seigneur de Soiron à l'époque. Il s'y reposait après la chasse et la pêche. Deux vitraux armoriés et datés de 1663 sont conservés au musée communal de Verviers et attestent cette ancienne possession. Selon un historien local, Alexis Dohogne, le nom «Louheau» devrait trouver son origine dans une pêcherie exploitée à cet endroit au XVIIe siècle, car la boucle que décrit la Vesdre au Louheau était une frayère à saumons. Aujourd'hui, l'ancien rendez-vous de chasse et de pêche est devenu une des fermes les plus prospères de Pepinster. C'est là aussi qu'est fabriqué un vin artisanal original à base de pommes: le Pommelou. Les autres fruits récoltés dans la région ont donné naissance à d'autres vins: le Cerilou, l'Apérilou qui portent le nom de Louheau en dehors de la région verviétoise. Empruntant un sentier dont l'entrée est bordée d'arbres majestueux, on se trouve face à un ensemble de bonne facture dont l'aile principale est en moellons calcaires. L'aile d'entrée, en briques, date du XIXe siècle. Dans la cour pavée, sur la droite, on trouvera des étables sous fenils, datées de 1756 ou remaniées à cette époque comme l'indique une pierre gravée sur le linteau de l'entrée. Dans l'aile parallèle au logis, au centre, s'élève une porte de grange cintrée sur piédroits chaînés à chasse roues et datée de 1666. À l'extrême droite: une porte cintrée datée de 1769 pour une étable sous fenil. N'ayez crainte de pénétrer dans la ferme du Louheau, M. Georis, l'exploitant actuel, tient toujours une bonne bouteille de Pommelou au frais pour accueillir le visiteur.

 

Merci à la CCJ de Pepinster pour tous ces renseignements

et à DOMINIQUE COUNE du soir pour cet article

 

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17:07 Écrit par Le Photoneur dans Paysage rural ou naturel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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